2 moyens de déjouer son propre cerveau! - Frédéric Belley

2 moyens de déjouer son propre cerveau!

biais de confirmation

Merde ! je suis hypocondriaque docteur ! Est-ce que je vais guérir ? C’est sans aucun doute une situation que vous vivez, que vous avez déjà vécue ou que vous avez déjà vue. Fabulation, bulle au cerveau. Pourquoi mon cerveau me joue-t-il des tours ?

Voici un petit récit vécu qui va vous permettre de comprendre ce que je veux dire : un jour en allant à la toilette, je remarque que quelque chose n’est pas normal, l’eau est colorée de rouge. Je deviens tout à coup très inquiet. Je commence à imaginer plein de scénarios catastrophes. Il faut absolument que je me rassure sur la nature de ce qui m’arrive. Cela ne peut pas être aussi grave que je le pense. Laissant ma peur de côté quelques instants, je prends mon courage à deux mains et je consulte mon ami Google. 

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Je tape ceci : « Sang dans les selles ». Je scrute attentivement les premiers résultats. Le diagnostic est sans équivoque. J’ai le cancer du côlon. Pendant près d’une heure, je consulte plusieurs dizaines de sites Internet qui disent tous la même chose. En fermant l’ordinateur, je suis complètement démoli. Le pire est arrivé, je suis cancéreux. 

Quelque jours plus tard

Je laisse passer quelques jours pour mieux digérer la nouvelle. Un petit hamster tourne continuellement dans ma tête. Il faut que j’annonce la nouvelle à ma copine. J’espère qu’elle va bien le prendre. N’écoutant que mon courage, je lui dis…

Bon, je sais que ce n’est sûrement pas très cool pour vous, mais le punch est à la fin du texte. Continuez la lecture jusqu’au bout ! Voyons plutôt ce qu’il s’est passé dans ma tête et comment j’aurais pu mieux gérer le tout.

Le biais de confirmation

Merci d’être encore là ! Bon, il faut absolument que je vous explique deux ou trois choses pour comprendre le processus. Sur le site https://psychologenie.com/confirmation-bias-explained-with-examples, on dit que le biais de confirmation est un biais cognitif qui pousse les êtres humains à se concentrer sur des informations qui soutiennent leurs croyances. En négligeant les autres informations, ils laissent de côté les avis qui vont à l’encontre de leurs croyances.

Ce qu’il faut comprendre dans l’exemple que je donne, c’est que j’ai fait une recherche pour confirmer ce que j’avais déjà diagnostiqué au départ. Un cancer. J’ai donné énormément de valeur aux informations qui confirmaient mon hypothèse. J’ai laissé sans le savoir de côté toutes les informations qui auraient pu la contredire.

C’est le psychologue britannique Peter Wason (1924-2003) qui a mené un test sur les hypothèses. Lors de cette expérience, il s’est aperçu que les candidats recherchaient principalement des résultats positifs pour confirmer ce qu’il croyait déjà au départ. Le cerveau choisit donc les informations qui confirment positivement les croyances qu’ils avaient déjà.

Le plus grand des malheurs pour nous, c’est qu’il est très difficile de déjouer le biais de confirmation. Pour y arriver, il faudrait réaliser que notre démarche intellectuelle est erronée. C’est contre nature. Cela reviendrait à réaliser que nous sommes illogiques et irrationnels. Tout à coup, la réalité apparaîtrait, sans doute par magie, pour nous révéler la vérité. 

Voici deux moyens

Dans l’article « Comment avoir moins souvent tort », l’auteur donne deux moyens qui ne sont pas nécessairement faciles à appliquer. C’est un entraînement de tous les jours qui peut vous permettre de vous approcher de la vérité. 

L’article complet se trouve ici : https://revue-progressistes.org/2016/07/02/comment-avoir-moins-souvent-tort-le-biais-de-confirmation-par-nicolas-gauvrit/

Le moyen #1

Il faut éviter de chercher à confirmer nos croyances. Plus facile à dire qu’à faire. Une situation se présente comme l’exemple que je vous ai donné plus haut et vous devez réagir. Que faites-vous ? Voici deux choses qu’il ne faut surtout pas faire.

  1. Il ne faut pas consulter Google. Sur Internet, il y a beaucoup d’informations et vous n’avez pas dans une telle situation la capacité à discriminer les bonnes des mauvaises.
  2. Il faut éviter les forums de discussion sur le sujet. La plupart des personnes sur ces sites ont le même problème que vous. Cela ne va que confirmer votre hypothèse. C’est une très mauvaise idée.   Même si le site est sérieux comme https://www.passeportsante.net, vous n’aurez pas l’objectivité nécessaire.

Si j’agis exactement comme je l’ai fait, il se peut que j’augmente mon anxiété pour un moment. Si vous êtes une personne anxieuse, cela va nécessairement aggraver votre état.

Le moyen #2

Au lieu de chercher à confirmer nos croyances, il faut les tester. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? C’est sortir de notre zone de confort et oser valider nos croyances auprès de groupes ou de personnes qui ne partagent pas les mêmes idées que moi. C’est prendre le risque d’être mal reçu, mal compris ou mal interprété. Ce n’est pas un chemin facile, mais il y a plusieurs raisons de chercher ailleurs la validation de ses idées.

La première raison est que vous avez peur de vous faire dire vos quatre vérités. Tout votre système de croyances risque d’être mis à rude épreuve. Ce qui est très paradoxal et très difficile à réaliser, c’est que vous allez devoir être objectif par rapport aux informations nouvelles et objectif par rapport aux informations que vous déteniez au départ. 

Le plus drôle dans tout cela, c’est que jusqu’à maintenant vous avez toujours cru que vous étiez objectif. C’est qu’en cherchant à confirmer votre hypothèse, vous avez sélectionné sans vous en apercevoir les informations qui confirmaient votre croyance de départ. 

La deuxième raison est la peur du rejet. C’est beaucoup plus facile de partager les idées de personnes qui pensent comme nous; ou pour nous de s’ajuster à leur pensée. Il n’y a pas de risque de rejet puisque toutes les personnes du groupe pensent la même chose ou finissent par penser la même chose pour ne pas être rejetées. 

Si dans les personnes ou les groupes d’amis que vous fréquentez, il y a en certains qui osent de temps à autre émettre une idée contraire, soyez assuré qu’une ou des personnes se chargeront de les remettre tout de suite à l’ordre. 

La troisième raison est que notre cerveau n’aime pas être en dissonance cognitive. Dans un article précédent, j’explique un peu pourquoi notre cerveau n’aime pas cela. C’est la recherche constante de tous les systèmes de notre corps qui recherchent l’équilibre (homéostasie). C’est Festinger (1957) qui l’affirme.

Voici la référence de mon article sur le sujet : https://fredericbelley.com/resoudre-ses-conflits-interieurs/

Lorsqu’on attaque nos valeurs, il se peut que l’objectivité en prenne un coup. Dans ce cas particulier, l’individu se referme comme une huître et malheureusement, il n’y a pas beaucoup de chances de pouvoir modifier une croyance.

Fin de ma petite histoire

N’écoutant que mon courage, je lui dis :

« — Écoute chérie, j’ai quelque chose à te dire. Ça fait plusieurs jours que ça me tourne dans la tête. J’ai le cancer du côlon.

Elle me répond : — T’es ben épais ! T’as mangé un pot complet de betteraves ! C’est normal ce qui t’arrive, ça colore les selles. »

Conclusion

Je ne peux pas vous dire comment je me suis senti ridicule. Mon exemple arrive constamment aux personnes hypocondriaques. C’est vraiment intéressant de prendre conscience de ce mécanisme du cerveau. Dans beaucoup de situations de la vie de tous les jours, les êtres humains sont en recherche de la vérité. Il faut juste trouver les bons moyens de déjouer notre cerveau.

Il serait souhaitable qu’un jour l’être humain soit capable de déjouer les biais cognitifs. D’ici là, il faut s’équiper le mieux possible et rester ouvert face aux idées différentes de la nôtre. 

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